Objet du mois
Boite à cigares offerte au général Joseph Vuillemin commémorant la Croisière noire aérienne de 1933
France, années 1930
Argent, or jaune
La Croisière noire aérienne figure parmi les opérations les plus spectaculaires initiées par le ministère de l’Air durant les années 1930. Commandée par le général Joseph Vuillemin, une escadre militaire parcourt 25 000 km reliant la France métropolitaine à son empire africain.
La boite à cigare ayant appartenu au général Joseph Vuillemin (1883-1963) relève de l’hommage ; celui d’un groupe d’aviateurs à son chef. L’objet lui a été offert par les membres de l’escadre qui porte son nom à l’issue d’une opération militaire d’aviation coloniale voulue comme un lien entre la France et ses possessions africaines d’alors. Constituée d’une trentaine d’équipages appartenant à la toute jeune armée de l’Air, « l’escadre Vuillemin » s’est déployée au départ d’Istres pour un voyage en Afrique de plusieurs semaines. Du 8 novembre au 18 décembre 1933, la Croisière noire aéronautique a ainsi parcouru 25 000 km à bord d’appareils Potez 25 TOE organisés en groupes de plusieurs escadrilles arborant le motif peint à la cocotte en papier décliné en trois couleurs : rouge, blanc et bleu. Il n’est pas choisi au hasard puisque la cocotte rouge est l’insigne de l’escadrille C11, commandée au cours de la Grande Guerre par Joseph Vuillemin, alors capitaine. L’usage dans l’aéronautique militaire de l’entre-deux-guerres, perpétué par suite de la création de l’armée de l’Air le le 1er avril 1933, est en effet de conserver les insignes choisis par les escadrilles durant la Guerre de 1914-1918. Ceux-ci font désormais partie de leur identité. Dans le cas particulier de Joseph Vuillemin, il faut noter l’usage civil rétrospectif de ce même motif à la cocotte, qu’il a alors coutume d’arborer sur ses appareils de tourisme successifs. Il n’est dès lors guère étonnant que l’escadre constituée pour la croisière de 1933 se donne pour emblème un insigne si fortement associé à son chef.
Cette boite à cigares est intéressante à plusieurs titres. D’abord, elle témoigne de la carrière d’un personnage historique de premier plan qui, à la fin des années 1930, sera appelé aux plus hautes fonctions militaires : chef d’état-major général de l’armée de l’Air le 22 février 1938, puis commandant en chef des forces aériennes du 2 septembre 1939 au 25 juin 1940.
Ensuite, la Croisière noire aéronautique est sans doute à la fois l’une des opérations aériennes les plus spectaculaires du ministère de l’Air dans les années 1930 et le point d’aboutissement d’une première phase de la carrière du général Vuillemin. Son parcours d’aviateur de raid débute en effet dès l’après-guerre. Paris-Le Caire en 1919, Paris-Tombouctou-Dakar avec la première traversée du Sahara en avion en 1920 ou Paris-Niamey en 1925 n’en constituent que les premiers exemples. Sur ce plan, le parcours de 25 000 km de 1933 à la tête de « l’escadre Vuillemin » peut être considéré comme l’acmé de ce volet de la carrière de l’aviateur.
Enfin, l’objet lui-même présente, en dehors de ses qualités esthétiques, un aspect très pédagogique par la richesse des informations figurant sur son couvercle. Dans le registre supérieur, une inscription gravée mentionne à la fois l’auteur de l’hommage (l’escadre aérienne en Afrique), la date de l’événement auquel il est fait référence (1933) et le dédicataire (le général Vuillemin). En dessous, se
trouve une carte de l’itinéraire aller et retour de l’escadre, avec ses étapes, d’Istres à Bangui, en passant par Rabat, Colomb-Béchar, Dakar, Niamey, El Golea, Tunis ou Alger. Dans l’angle inférieur gauche, enfin, sont représentées les trois cocottes émaillées bleu, blanc et rouge, à la fois insigne d’unité et emblème de ce raid spectaculaire. Il est rare de trouver un objet aussi « parlant », à plus forte raison s’agissant d’aviation militaire de raid, nettement moins connue que l’équivalent civil.
Avec cette belle acquisition, le musée de l’Air et de l’Espace enrichit ses collections d’objets d’art d’une pièce importante par son lien avec une personnalité militaire majeure tout en étant particulièrement valorisable auprès du public. Nous prêtons d’ailleurs cet objet au musée de l’Armée pour son exposition « Explorations : une affaire d’Etat ? », qui se tient aux Invalides du 15 avril au 16 août 2026.
Texte : Laurent Rabier
