Objet du mois
L’Éclipse de Christophe Colomb
Gravure sur bois, réalisée par un procédé de chromolithographie, représentant Christophe Colomb montrant l’éclipse du 1er mars 1504 aux autochtones.
« Astronomie populaire : description générale du ciel », Camille Flammarion, Paris ed. Marpon-Flammarion, 1882, p.231, Cote 4°27267. Coll. musée de l’Air et de l’Espace – Le Bourget
Cette gravure représente une illustration de l’éclipse lunaire du 1er mars 1504, telle qu’elle aurait été vue par Christophe Colomb et des populations des côtes de la Jamaïque, île sur laquelle, lui et son équipage ont échoué le 30 juin 1503. Après 6 mois à approvisionner ces nouveaux venus, les populations cessent de leur fournir des vivres. Christophe Colomb souhaite les effrayés et évoquant la colère de son dieu, du traitement que la population locale leur inflige, il annonce que dieu va démontrer son mécontentement par un signe clair en faisant apparaître une lune « enflammée ». Lors que la Lune est éclipsée et « sanglante », elle est accueillie comme l’écrira le fils de Colomb : « « avec de grands cris et des lamentations, les indigènes accoururent de partout vers les vaisseaux, chargés de provisions, priant l’amiral d’intercéder en leur faveur auprès de la divinité afin qu’elle ne répande pas sa colère sur eux »[1]. Colomb leur indique qu’il va « prier », puis peu avant la fin du phénomène, il annonce qu’ils vont être pardonnés et la Lune réapparait alors, au grand soulagement des indigènes. Pourtant, cela n’est pas magique, en effet, c’est parque Christophe Colomb possédait à bord un almanach des tables astronomiques et qu’il y a vu la prédiction de cette éclipse de Lune.
Cette anecdote historique, sur un phénomène astronomique, pour le coup, non compris par cette population, permet une sorte de supériorité à celui qui connaît et les comprend. Elle sera reprise dans de nombreux livres et au cinéma, comme par exemple dans la bande dessinée Tintin et le Temple du Soleil pour éviter le bûcher aux héros ou par Camille Flammarion, l’auteur, dans lequel cette gravure a été présentée, qui se positionne alors plus comme un « passeur de sciences ».
Camille Flammarion (1842-1925) est un vulgarisateur et conteur de génie[2], en particulier d’astronomie. Tout petit déjà, il se passionne pour les sciences, observant intensément la nature et sera fasciné par sa première éclipse de Soleil, observée, à travers une flaque d’eau à cinq ans avec sa mère. Il synthétise ses nombreuses lectures et aime les partager avec une première publication en 1857 (mais publié en 1886) intitulée la Cosmogonie universelle. En 1858, il deviendra élève astronome au Bureau des calculs de l’Observatoire de Paris, sous la direction d’Urbain Le Verrier. Il continue à publier ouvrages (plus d’une cinquantaine) et articles dans des journaux et revues et donnera des conférences publiques à partir notamment des observations qu’il expérimentera, par exemple lors d’ascensions en ballon, utilisant la première personne du singulier dans ses récits pour mettre en avant ses travaux et conclusions. Persuadé que l’élévation de la personne humaine se fait à partir de la connaissance, il souhaite par ses écrits les faire progresser vers la vérité. Il possède un enthousiasme vis-à-vis de la nature qui transparait par des envolées lyriques ou poétiques, notamment dans le but de séduire son lectorat : « Ô pontifes des Aryas ! ô sacrificateurs des Incas ! ô thérapeutes de l’Egypte ! et vous, philosophes de la Grèce, alchimistes du Moyen Âge, savants des temps modernes ! ô penseurs de tous les âges : devenez muets devant l’astre sublime.” (L’astronomie populaire, p.312)
L’ouvrage L’astronomie populaire (1880), fait suite aux travaux de François Arago, et rencontrera un immense succès public, couronné par le prix Montyon de l’Académie française récompensant l’intérêt pédagogique alliée à sa qualité littéraire. En effet, il s’efforce d’être à la fois claire dans ses propos et d’éviter de recourir à du jargon scientifique pour rester intelligible du plus grand nombre, mais sans faire l’impasse sur les sujets pointus comme l’analyse spectrale. Cet ouvrage majeur, dédié à Copernic, Galilée, Kepler, Newton et Arago, fait l’état des connaissances en astronomie à la fin du XIXème siècle. L’édition de 1882, possédée par le musée, présente une reliure rouge, bleu et or, 800 pages dorées sur tranche, 360 figures, dont de nombreuses scènes gravées et cartes célestes. Cet ouvrage ayant marqué son époque, il sera réédité de nombreuses fois dont une en 2025 pour les 150 ans des éditions Flammarion, société d’édition fondée par son jeune frère Ernest en 1876 et dont les ouvrages de Camille feront la renommée.
Ainsi que la défendu Camille Flammarion, au-delà du mythe et des croyances, la diffusion de la compréhension d’un phénomène scientifique est nécessaire et la responsabilité notamment de ceux qui en ont la connaissance. Cette année, une éclipse partielle de Soleil aura lieu en France le 12 août 2026. Le musée vous propose d’échanger autour des peurs des phénomène astronomiques, lors d’une rencontre spéciale avec des historiens et scientifiques dans le cadre de la Nuit des étoiles le 8 août 2026 à 20h30.
[1] William Least Heat Moon, Columbus in the Americas, John Wiley and Sons, 2002, 175 [archive] (ISBN 978-0-471-21189-1)
[2] Colette Le Lay. Les livres de vulgarisation de l’astronomie (1686-1880). Histoire, Philosophie et Sociologie des sciences. Université Nantes, 2002. Français. ⟨NNT : ⟩. ⟨tel-01326742⟩
Texte : Marion Paupert
Photographies : Rachel Prat

L’Éclipse de Christophe Colomb