Maquette du monument élevé à la mémoire des aéronautes du siège de Paris

Objet du mois

Signé A. Bartholdi, le groupe est une maquette du monument élevé à la mémoire des aéronautes du siège de Paris, inauguré le 28 janvier 1906. Erigé sur le rond-point de la Révolte (actuelle porte des Ternes), le monument constituait un hommage aux héros des liaisons aériennes qui permirent à la capitale, assiégée par l’armée prussienne en 1870, de communiquer avec le reste de la France. Il fut fondu en 1941 sur décision du régime de Vichy.

Entre le 23 septembre 1870 et le 28 janvier 1871, plus d’une soixantaine de ballons quittent Paris assiégée et établissent le premier pont aérien de l’histoire. Montés par un aéronaute, parfois accompagné d’un ou plusieurs passagers, ces ballons transportent courrier et dépêches, marquant la naissance de la poste aérienne. Ils permettent également à plusieurs personnalités politiques de rejoindre, par les airs, la délégation du gouvernement réfugiée à Tours : le 7 octobre 1870, Léon Gambetta, ministre de l’Intérieur, parvient ainsi à quitter la capitale à bord de L’Armand-Barbès.

Après la défaite, Bartholdi conçoit un monument aux héros du siège et à la population parisienne, exaltant le rôle des ballons-poste et des pigeons voyageurs dans la défense de la capitale. Le projet du sculpteur, qui espère voir ce monument érigé au sommet de la butte Montmartre, d’où s’était envolé Gambetta, est contrarié par la construction du Sacré-Cœur. Finalement, l’Aéroclub lance une souscription pour un « Monument aux aéronautes du siège de Paris et aux héros des postes, des télégraphes et des chemins de fer ». Retenue, la maquette de Bartholdi est fondue et présentée au Salon de 1904. L’œuvre de Bartholdi, mort quelques semaines plus tard, est achevée par Hubert-Louis Noël et inaugurée en janvier 1906.

La restauration de la Maquette du monument élevé à la mémoire des aéronautes du siège de Paris

Prêtée pour l’exposition « France- Allemagne(s) 1870-1871, La Guerre, La Commune, Les Mémoires », se tenant du 13 avril au 30 juillet 2017 au musée de l’Armée, l’œuvre nécessitait des opérations de conservation-restauration. Celles-ci se sont déroulées au sein des ateliers de restauration du musée de l’Air de l’Espace, du 1er décembre 2016 à la fin du mois de janvier 2017.

Exposée jusqu’en 2015 dans la salle consacrée à l’histoire de l’aérostation au XIXe siècle, l’œuvre présentait un encrassement très prononcé, incluant des restes acides de produits de nettoyage anciens. Ces nettoyages répétés ont fait disparaître en grande partie la patine originale, irréversiblement usée et lacunaire. Par ailleurs, les fils métalliques qui assurent seuls le maintien du ballon, évoquant des cordages, étaient altérés par d’importantes déformations et de nombreuses cassures, menaçant la stabilité et l’intégrité d’un dispositif rendu fragile par sa conception même.

Combinant des opérations de conservation et de restauration, l’intervention engagée en 2016 poursuivait quatre objectifs principaux :

  • assurer la conservation de l’œuvre en rétablissant les propriétés mécaniques, par le refixage des éléments brisés et la remise en forme d’éléments déformés ;
  • stabiliser l’objet par un retrait des produits de corrosion, des traces anciennes de produits de nettoyage, tout en préservant la patine originale ;
  • améliorer sa lisibilité et sa compréhension, diminuées par son fort encrassement ;
  • étudier et documenter son histoire matérielle par l’observation des procédés de fabrication et des traces d’outils.

La complexité de l’intervention tenait notamment à la nature très diversifiée des matériaux et des procédés de fabrication de l’œuvre. Le socle et le groupe sculpté sont des fontes en alliage cuivreux, très probablement réalisées par tirage au plâtre. L’œuvre a ensuite fait l’objet de traitements de surface différenciés : le socle et le groupe ont été recouverts d’une patine de type « Barèges », c’est-à-dire une patine ocrée obtenue par une réaction chimique d’oxydes métalliques à haute température alors que le ballon, constitué de deux coques d’alliage cuivreux planés et brasés, a été revêtu d’une peinture monochrome argentée posée au pinceau. Enfin, certains éléments comme les cordages, la colombe et le médaillon ont été soudés à l’étain.

Après une étude préalable accompagnée de tests physico-chimiques, le traitement a commencé par des opérations de nettoyage : un nettoyage enzymatique au coton tige de la couche monochrome argentée du ballon pour éliminer l’encrassement, puis un nettoyage chimique au coton tige et mécanique au scalpel, de l’ensemble du groupe et de son socle, pour le retrait d’une partie des produits de corrosion et des produits de nettoyage anciens. Dans un second temps, les éléments brisés des cordages portant le ballon ont été refixés à l’aide de résines époxydes posées à la seringue puis remis en forme, à froid, à l’aide de pinces de précision.

Une fois les refixages et la mise en forme effectués, un inhibiteur de corrosion a été posé ponctuellement au pinceau sur des zones de corrosion potentiellement ré-activables. Enfin, afin d’isoler l’œuvre et de limiter ses échanges avec l’atmosphère, l’ensemble du groupe et du socle a été protégé par la pose à chaud, au pinceau, d’une couche de cire microcristalline.

Bien que la patine soit lacunaire, il a été décidé de ne pas effectuer de retouches colorées afin de rendre les traces du temps visibles et les actes de restauration lisibles. En effet, d’après le théoricien Cesare Brandi, la restauration doit « viser à rétablir l’unité potentielle de l’oeuvre d’art, à condition que cela soit possible sans commettre un faux artistique ou un faux historique, et sans effacer la moindre trace du passage de l’œuvre d’art dans le temps1. »

1 – BRANDI C., Théorie de la Restauration, Paris, Ed. du Patrimoine, Ecole nationale du patrimoine, 2001, p. 57.

Sahra Sebbahi, conservatrice-restauratrice au musée de l’Air et de l’Espace, 19 avril 2017.

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