La presse s’illustre

« Le ciel se peuple » commente la revue La Vie au Grand Air en septembre 1909 à l’issue de la grande semaine de Reims, le grand meeting international d’aviation organisé par des dignitaires champenois et l’Aéro Club de France dans la plaine de Bétheny. Cet événement de grande ampleur qui aurait attiré près d’un million de spectateurs marque le début d’un véritable engouement pour les machines volantes capables de performances. La Quinzaine de Juvisy qui a lieu en octobre de la même année est même prolongée d’une semaine en raison de son succès.

C’est une escalade d’exploits et de morceaux de bravoure qui va alimenter la nouvelle presse illustrée en plein essor. Semaine d’aviation de Cannes, Quinzaine de la Baie de Seine, course Paris-Madrid ou Paris-Rome-Turin, Grand prix d’Anjou, Coupe Michelin, Coupe Femina, Meeting de Monaco, de Saint-Malo… les concours et les rallyes se succèdent jusqu’à la Première Guerre mondiale et fournissent autant de sujets palpitants aux journalistes.

Une nouvelle profession a vu le jour depuis peu : celle des reporter-photographes. Armés de leurs plaques de verre et de leurs lourds appareils peu propices à la prise de vue instantanée, contraints de transporter avec eux un véritable laboratoire ambulant, ils se pressent sur les lieux pour capturer l’instant décisif au plus près de la vitesse et du mouvement.

L’aviation si jeune encore est devenue un phénomène de société. Le public se presse aux manifestations et acclame les intrépides et valeureux héros du nouveau siècle. Comme aux courses hippiques, les élégantes sont dans les tribunes. Et les appareils photos crépitent !

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Couverture de La vie au Grand Air du 4 septembre 1909. La grande semaine de Champagne. Col. Musée de l’Air et de l’Espace – Le Bourget

Les records à la Une

Il ne se passe pas une semaine sans que la presse ne rende compte d’un nouveau meeting aérien où s’enchaînent les records. Le 15 juillet 1909, Louis Paulhan bat le record de durée de vol à 150 m de hauteur au concours de Douai, Hubert Latham vole dans la tempête à Blackpool en Angleterre… Lorsque Louis Blériot traverse la Manche le 25 juillet 1909, le rédacteur de La Vie au Grand Air s’exclame non sans une pointe d’humour « L’Angleterre n’est plus une île » !

Bientôt, une nouvelle discipline fait son entrée dans les meetings : la voltige. Adolphe Pégoud, « l’homme qui vole à l’envers », réussit en 1913 ses premiers loopings, inaugurant la mode de l’acrobatie aérienne qui connaîtra un grand succès dans l’entre-deux-guerres.

La presse elle-même n’hésite pas à alimenter la machine à records. Elle organise des meetings d’aviation ou propose des prix aux aviateurs ou aux photographes. C’est pour elle un bon moyen d’assurer son autopromotion et de s’attirer de nouveaux lecteurs.
En 1909, Le Daily Mail offre un prix de 1000 livres sterling pour la première traversée de la Manche en aéroplane Latham échoue de peu et tombe à l’eau. C’est Blériot qui relèvera le défi pour relier Calais à Douvres en 26 minutes de vol. Le journal Le Petit Parisien organise en mai 1911 la course Paris-Madrid, première grande course d’aviation.

La foule salue Louis Paulhan au Meeting de Reims, 1909, Col. Musée de l’Air et de l’Espace – Le Bourget

Le premier looping d’Adolphe Pégoud à Buc en 1913, Col. Musée de l’Air et de l’Espace – Le Bourget

Plus tard, en plein conflit, Le Miroir veut illustrer ses chroniques militaires, mais manque de photographes. Le journal ouvre en 1915 un concours pour les plus « saisissantes photographies de guerre », garanties sans mise en scène ou trucages photographiques. La photographie qui occupe encore peu de place dans la presse quotidienne en raison des difficultés de transmission des clichés a en revanche déjà conquis la presse hebdomadaire ou mensuelle.

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Concours lancé par le journal Le Miroir, 1915, Col. Musée de l’Air et de l’Espace – Le Bourget

Tout comme le cinéma, la photographie censée représenter le réel, le vrai, est devenue l’un des principaux emblèmes de la modernité. Dans les hebdomadaires grand public comme L’Illustration ou La Vie au Grand Air, elle supplante dès 1905 le dessin et la gravure et occupe une place de plus en plus importante, souvent en première de couverture ou en double page, dans des mises en scène parfois audacieuses. L’émergence d’une presse spécialisée au début du siècle avec des revues comme L’Aéro, L’Aérophile, La Revue aérienne, va aussi quoique plus timidement (sans doute ont-ils moins de moyens) faire le bonheur des photographes de presse.

Pour en savoir plus :

  • DENOYELLE, Françoise, La lumière de Paris, T.2 Les Usages de la photographie 1919-1939, L’Harmattan, 1997
  • GERVAIS, Thierry, L’illustration photographique, Naissance du spectacle de l’information (1843-1914), Thèse de doctorat d’histoire et civilisations, EHESS, 2007
  • DEVREUX, Lise, MAZZASALMA, Philippe (Dir.), Guide des sources pour l’histoire de la presse, BNF, 2012