Le progrès sur un piédestal

A l’ère du progrès technique tous azimuts – l’automobile, le chemin de fer, les télécommunications, l’aviation se développent à grande vitesse – la photographie contribue à exalter l’inventivité des constructeurs et devient l’une des principales vitrines de la modernité. A la Belle Epoque, la France entière se passionne pour la mécanique et ses engrenages, les courses automobiles, les bateaux à moteur, le cinéma, les sports de vitesse. L’esprit de compétition est là.

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Salon de la locomotion aérienne au Grand Palais, 1909, Col. Musée de l’Air et de l’Espace – Le Bourget

La presse offre une place de choix à l’actualité de l’air sous toutes ses formes. Le premier « Salon de la locomotion aérienne » qui se tient en octobre 1909 fait l’objet d’un cahier spécial abondamment illustré dans La Vie au Grand Air. Il a pour cadre prestigieux la nef du Grand Palais. On peut y admirer des dirigeables, des aéroplanes, des hélices, des moteurs, et le monoplan avec lequel Blériot a réussi sa traversée de la Manche. Loué pour son style et son élégance, le Salon attire immédiatement les faveurs du public et accueille plus de 100000 visiteurs. Son rédacteur adopte un ton lyrique de circonstance pour annoncer que « les oiseaux modernes ont trouvé un nid spacieux dans le Grand Palais » et que malgré leur fragilité apparente, ils sont « prêts à prendre leur revanche sur la nature jalouse, sur la fatalité injuste ».

Dans l’objectif du photographe, c’est toute la beauté plastique des avions et des aérostats qui est révélée. Les moteurs rutilants sont hissés sur des socles et photographiés comme des objets d’art. Parfois un drapé à l’antique vient souligner la magnificence des mécaniques, gages de puissance et de vitesse. C’est l’hommage au dieu moteur et la sacralisation de l’objet technique.