Le photographe monte en ballon

C’est Nadar qui le premier ouvre des horizons nouveaux en embarquant un appareil photographique dans la nacelle d’un ballon. La photographie aérienne est née. Insensiblement, elle va transformer le regard que l’homme portait jusqu’alors sur le monde et ouvrir la voie à de nouvelles représentations spatiales.

Très connu pour ses portraits de célébrités, Félix Tournachon, dit Nadar, est à la fois photographe, journaliste, caricaturiste et très tôt attiré par l’aventure des ballons. En 1858, il dépose un brevet d’invention pour un « nouveau système de photographie aérostatique ». Passionné par les aérostats, il va même jusqu’à construire son propre ballon qu’il baptise Le Géant. Dans la nacelle du ballon transformée en chambre noire, il dispose un appareil photo, orienté vers le sol. Une « guillotine horizontale », comme il la nomme, fait office d’obturateur. Nadar développe ensuite directement sa plaque de verre dans la nacelle au collodion humide, un procédé à base d’un mélange volatil d’alcool et d’éther, qui nécessite que le négatif soit préparé, exposé, puis développé en un temps très court, car une fois sec, il devient insensible à la lumière. Une opération pour le moins délicate dans l’espace restreint d’une nacelle en osier livrée aux vents, surmontée d’une enveloppe gonflée à l’hydrogène.

Photographie aérostatique prise par Nadar, 185, Col. Musée de l’Air et de l’Espace – Le Bourget

Ballon captif en vol, s.d. Col. Musée de l’Air et de l’Espace – Le Bourget

Course de ballons libres aux Tuileries, 1888, Col. Musée de l’Air et de l’Espace – Le Bourget

Tout d’abord réalisées à des fins cartographiques, les photographies aériennes dont la qualité et la netteté vont s’améliorer avec le temps, se libèrent progressivement de cette fonction utilitaire et scientifique pour s’attacher plutôt au pittoresque. Avec ses vues aériennes de 1868, Nadar donne à voir un panorama de Paris qui n’est pas accessible au commun des mortels. A la fin du XIXe siècle, l’aérostation est encore une activité expérimentale à laquelle peu de gens se risquent encore.

C’est surtout au tournant du siècle que la vogue des « plus légers que l’air » va prendre de l’ampleur. Les courses et concours de ballons libres se multiplient, comme la coupe Gordon-Bennett organisée chaque année dans différents pays ou le Grand Prix de l’Aéro Club de France aux Invalides.

Les photographes montent aussi dans les airs pour rapporter des clichés de plus en plus époustouflants qui vont séduire la presse et ses lecteurs : paysages de France, vues du massif du Mont-Blanc et ses glaciers, vues de villes… Le 25 décembre 1909, le journal L’Illustration s’enthousiasme de publier « les premières photographies prises en aéroplane » par le photographe Louis Meurisse.

Pour en savoir plus :

  • DEGARDIN, Alain et al. Le temps des ballons, Art et Histoire, Editions de la Martinière, Musée de l’Air et de l’Espace, 1994
  • GERVAIS, Thierry, « Un basculement du regard, les débuts de la photographie aérienne 1855-1914 », in Etudes photographiques, 9 mai 2001, [en ligne], mis en ligne le 10 septembre 2008. http://etudesphotographiques.revues.org/916
  • NADAR, A terre et en l’air. Mémoires du « Géant », E. Dentu, 1864