La nouvelle star

Figure héroïque, l’aviateur incarne le courage, le goût du risque, mais aussi la noblesse et l’esprit chevaleresque. C’est l’étoile montante de ce début de siècle.
Dans la presse, le récit des exploits tend souvent à une certaine forme d’idolâtrie du pilote, dans les moments de gloire comme dans la tragédie. Si les pilotes sont considérés comme des héros, c’est aussi parce qu’ils encourent des risques très élevés et que les accidents de vol sont souvent mortels. Les journaux participent amplement à cette « martyrologie aérienne » en relatant chaque accident ou avarie technique. Et les photographes contribuent à alimenter le mythe de l’aviateur, ce nouvel aventurier qui conjugue la distinction et la bravoure, tout en attirant la sympathie.

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La Baronne Raymonde de Laroche, s.d. Col. Musée de l’Air et de l’Espace – Le Bourget

Portrait d’Hubert Latham, s.d. Col. Musée de l’Air et de l’Espace, DR

Conscients des moments historiques dont ils sont les acteurs, les aviateurs prennent volontiers la pose. Les premiers portraits assez formels et souvent un peu figés les montrent tirés à quatre épingles, en col amidonné et noeud papillon. Les femmes grimpent dans leurs engins en tenue de ville, avec jupe et bottines, cols de dentelle et chapeau à rubans. L’aviation est avant tout un sport aristocratique.

Au fur et à mesure qu’ils prennent de la hauteur, les pilotes s’équipent de tenues plus appropriées, telle l’épaisse veste d’aviateur en cuir ou la cagoule à lunettes. Si certains portraits se font plus expressifs – Hubert Latham a le regard espiègle et la cigarette au bec, Adrienne Bolland pose avec ses toutous – la mise en scène est généralement la même : les aviateurs sont assis aux commandes ou debout devant leur appareil. Ces nombreux clichés servent à la production de produits dérivés, cartes postales vendues lors des meetings et exhibitions, portraits dédicacés offerts aux amis et à la famille, timbres-vignettes à l’effigie des aviateurs.

En haut de l’affiche

Chaque nouveau record est fixé sur la plaque sensible ou la pellicule, les pilotes sont acclamés par le public, félicités par les autorités. Adolphe Pégoud, As du looping, est porté en triomphe par ses admirateurs. Quelques jours après l’exploit de la première traversée de la Manche, Louis Blériot est reçu à l’Hôtel de Ville et ovationné dans les rues de Paris par une foule en liesse. Il parcourt la ville dans une calèche, accompagné par la Garde républicaine. La presse se fait aussitôt l’écho de cet hommage et le journal Le Matin va même jusqu’à suspendre l’avion de Blériot au-dessus de sa propre enseigne.

Aussi adulé et populaire, rien d’étonnant à ce que l’aviateur lui-même se sente pousser des ailes. Ainsi Jules Védrines qui ne se déplace qu’en monoplan fait-il campagne en aéroplane. En mars 1912, candidat à la députation, il va prononcer son discours dans la même journée aux quatre coins de la circonscription de Limoux, offrant un spectacle aérien à la population, tandis que son concurrent doit se contenter de faire ses visites en automobile. La Vie au Grand Air offre une double page à ce candidat original qui ne manque pas de panache.
La guerre à peine terminée, Védrines s’amuse encore à épater la galerie et relève le défi d’un atterrissage en douceur sur le toit des Galeries Lafayette. Un brin malicieux, il minimise son exploit auprès du Petit Journal « Rien de plus simple… On arrive, on regarde, on se pose. Plus tard, chacun rentrera chez soi de la même façon. Il faut éviter de se tromper d’immeuble, c’est tout ! »

Jules Védrines en campagne électorale, 1912, Col. Musée de l’Air et de l’Espace – Le Bourget

Védrines se pose sur le toit terrasse des galeries Lafayette le 19 janvier 1919. Carte postale. Col. Musée de l’Air et de l’Espace – Le Bourget

L’avion de Jules Védrines sur le toit des Galeries Lafayette, carton d’invitation, s.d. Col. Musée de l’Air et de l’Espace – Le Bourget