Juste une illusion

Des premiers vols en ballon aux acrobaties aériennes, les photographes témoignent des exploits des pionniers mais sont aussi des passeurs de rêve. Parfois, la réalité, aussi merveilleuse soit-elle, a besoin d’un petit coup de pouce.

Bien avant les logiciels de retouche d’image, il existe une technique toute simple pour embellir le réel : il suffit de superposer deux plaques de verre et de réaliser un nouveau tirage. On n’hésite pas à badigeonner la plaque si besoin, afin d’isoler les contours d’un avion en vol (aujourd’hui on parlerait de « détourage ») afin de le replacer dans un paysage approprié ou de lui donner un point de vue plus avantageux. De même, les portraits des aviateurs sont incrustés dans un plan plus large de l’avion en situation.

Ainsi apparaissent les premiers photomontages, artifices destinés à l’édition de cartes postales ou à la presse, friande de sensationnel. On y voit des avions survolant Paris, rasant la tour Eiffel ou formant un ballet gracieux au-dessus de la baie de Monaco. On s’étonne un peu de la perspective irréaliste de l’avion de Blériot survolant les côtes d’Angleterre. Il est peu probable qu’un photographe ait pu réaliser cette prise de vue sans trucage. La photographie des enfants sur la plage assistant au départ de Blériot sur la Manche est d’une fraîcheur toute naturelle. Trop beau pour être vrai ? Eh bien oui, c’est un photomontage !

Ces petits effets spéciaux ne posaient aucun problème déontologique à leurs auteurs. Tout est fait pour alimenter le rêve et l’imaginaire. Et aussi pour vendre de beaux clichés.